Le tourisme, pièce maîtresse de l’économie de proximité
Recettes internationales en hausse de 7 % à fin juin, clientèles long-courriers dynamiques, Français qui partent toujours mais arbitrent leurs dépenses : la saison 2026 confirme le poids du tourisme dans l’économie française. Serge Papin, Ministre des PME, du Commerce, de l’Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d’achat, détaille les chantiers qu’il engage d’ici la fin de l’année.
Pouvez-vous dresser un état des lieux du tourisme en France en 2026 ? Quelles tendances observez-vous chez les clientèles françaises et internationales ?
2026 confirme que la France demeure une grande puissance touristique. Après une année 2025 exceptionnelle, nous restons sur une trajectoire solide. Les recettes internationales ont atteint 40 milliards d’euros à fin juin, en hausse de 7 % par rapport à 2025. En juillet, elles s’élèvent à 9,4 milliards, soit +3,7 % sur un an. Les clientèles long-courriers (Chine, Japon, États-Unis, Mexique) sont particulièrement dynamiques, ce qui confirme l’attractivité de la destination France.
Les Français, eux, continuent de préserver leurs vacances mais sont confrontés à des arbitrages budgétaires. 84 % ont effectué au moins un séjour dans l’Hexagone, même si un vacancier sur deux a ajusté ses dépenses : 17 % des vacanciers ont réduit leurs sorties au restaurant, 15 % leurs activités. Ce que l’on observe, c’est que les Français continuent de partir, mais moins longtemps et sur une saison qui s’étale davantage : juin et septembre prennent de l’importance, ce qui permet de mieux répartir les flux et de soutenir tant le pouvoir d’achat que des territoires qui, auparavant, vivaient essentiellement du cœur de l’été.
Enfin, la fréquentation touristique est contrastée : la Bretagne, la Normandie, les Hauts-de-France ou le Grand Paris ont très bien fonctionné cet été ; la montagne résiste ; certaines destinations méridionales ont connu une saison plus délicate, du fait des arbitrages budgétaires et de conditions météorologiques exceptionnelles. Mais les perspectives pour la saison hivernale sont assez intéressantes.
Transformer une bonne saison en valeur durable : voilà ma priorité
Quelles sont vos priorités pour consolider la valeur créée par le tourisme, pour les entreprises comme pour les territoires ?
Transformer une bonne saison en valeur durable : voilà ma priorité. Le tourisme, ce sont des entreprises, des salariés, des territoires. Il faut consolider cette chaîne. J’engage trois chantiers d’ici la fin de l’année :
Un plan pour les saisonniers, pour mieux reconnaître et fidéliser ces professionnels essentiels.
La simplification pour les entreprises avec des mesures très concrètes : permettre aux campings d’installer des tentes plus confortables peut générer 66 M€ de chiffre d’affaires par an ; l’acompte à un an pour les locations saisonnières sécurise la trésorerie.
La transmission d’entreprises aux salariés, un levier majeur pour la restauration, l’hôtellerie et les agences de voyage, pour donner envie d’entreprendre à une nouvelle génération de jeunes.
Nous accompagnons aussi les territoires en difficulté. En Gironde, 400 demandes d’activité partielle ont déjà été payées, et nous prévoyons des exonérations de taxe foncière et de cotisations sociales dans le PLF 2027.
En quoi votre portefeuille transversal, du tourisme aux PME en passant par le commerce, est-il un atout pour les professionnels du voyage ?
Ce portefeuille est une force, parce qu’il permet de traiter le tourisme comme un constituant de notre économie de proximité. Le tourisme n’est pas un secteur isolé : il dépend des PME, du commerce, des territoires, de la qualité de l’accueil, de l’expérience client.
Avec les PME, nous travaillons sur la transmission, la simplification, le financement. Avec le commerce, nous abordons les enjeux de centres-villes, de commerce de proximité, de shopping touristique. Avec le tourisme, nous structurons l’offre, les filières, le rayonnement international.
Cette transversalité crée une cohérence : l’attractivité touristique doit profiter aux TPE et PME, et les TPE et PME doivent renforcer l’expérience touristique. C’est une vision d’ensemble, au service des professionnels du voyage.
Quels enseignements de votre parcours dans la grande distribution appliquez-vous aujourd’hui à la filière touristique ?
La grande distribution m’a appris trois choses que j’applique chaque jour.
D’abord, le sens du client. Comprendre les comportements, les arbitrages, les attentes. Les Français recomposent leurs budgets plutôt que de renoncer à leurs vacances. À nous d’adapter l’offre, les services, les dispositifs de soutien et pourquoi pas créer une « filière des petits prix ».
Ensuite, la valeur dans la durée. Une bonne saison ne suffit pas : il faut fidéliser, investir, travailler sur la qualité de l’expérience et pour tous les portefeuilles.
Enfin, le travail avec les partenaires. Dans la distribution comme dans le tourisme, on avance ensemble ou on n’avance pas. Le secteur touristique est un écosystème dense : hôteliers, restaurateurs, agences, plateformes, offices de tourisme, collectivités, transports… Le rôle de l’État est de créer un cadre stable, lisible, qui donne envie d’investir. C’est d’ailleurs l’objectif du Premier ministre : donner de la stabilité à nos entreprises.
Et je garde une conviction : les chiffres comptent, mais les gens comptent plus. Derrière les 9,4 milliards de recettes de juillet, il y a des saisonniers, des restaurateurs, des hôteliers, des territoires. C’est aussi pour eux que nous agissons.
Mesurer mieux pour peser davantage
Interrogé sur la mesure du poids réel de la filière, Serge Papin s’appuie sur France Tourisme Observation, le data hub du tourisme piloté par Atout France. Le Ministre veut aller plus loin : mesurer la valeur globale, recettes, emplois, investissements, impact territorial et social, rendre les données directement exploitables par les professionnels et porter cet impact dans le débat public. Le tourisme pèse 8 % du PIB. « Mesurer mieux, c’est se défendre mieux face à la concurrence internationale », résume-t-il.
Photo : © HAMILTON2OLIVEIRA
